

strate 1,
23/04/07
Quiconque a recours à une référence est supposé agacer.
La
dérange, pas tant parce qu'elle nous renvoit à notre propre inculture mais parce qu'elle nous oblige à un effort de compréhension supplémentaire. Quand les pédagogues insistent sur les bienfaits de l'apprentissage, les démagogues vantent les mérites du labeur. Dans tous les cas, nous manquons
car ce que nous appelons communication consiste le plus souvent, à recevoir des informations pré-digérées.
Le savoir devrait être un bien
mais il faut compter avec l'instinct de propriété, l'encombrement des livres, la relative fiabilité des sources numériques et l'attractivité sans commune mesure des évènements médiatiques.
Aussi, il y a fort à parier que notre interlocuteur apparaisse à nos yeux pour un pédant ou un menteur patentés. Hypothèses envisageables car culture n'est pas savoir et tous deux ne suffisent pas à définir l'intelligence.
ville/savant vs village/idiot
Pourtant un
sort-il toujours de la bouche d'un barbare? À être si prompt au jugement ne risquons nous pas de passer à côté d'une découverte? Par exemple, la parole qui semble trébucher sur un
phonétique prends une sonorité musicale surprenante voire exotique. À l'écrit, notre alphabet latin renoue avec ses origines graphiques : le mot mystère redevient signe ou ornement décoratif.
"Eureka, c'est du chinois pour moi!"
La référence méconnue agit comme une sorte d'
en stéréo-perception. Car le procédé est onirique et insidieux à la fois. La référence se présente sans crier gare et rompt instantanément le fil paisible de la compréhension. Les plaques tectoniques du discours s'écartent en provoquant un éboulement de terrain. Entre les deux versants et selon l'étendue des dégats sémantiques, le constat est le suivant : un creux, un trou, une ravine, un gouffre, une faille, un abîme.
" Comme Machin disait : ce que je trouve m'indique le chemin de ce que je cherche."
Quand la référence bourgeonne sous la forme d'une citation, son éclosion
parfois plus sûrement qu'un anti-dépresseur. Si
a le malheur de se décliner à l'imparfait, serait-ce pour nous rappeler toute la vanité de notre existence terrestre? Certains, désespérés, tentent alors de comprendre avec le
, là où la raison aurait désertée. D'autres s'enferment dans leur silence écrasés par le poids de l'inconnu.
Le jour des morts...
Pourtant la référence recèle un
spirituel. Pour déchiffrer la
de l'île, considérons que la référence ne peut se suffire à elle même, décidons qu'elle ne peut avoir tout dit ou encore qu'il ne faut pas taire ce dont on ne peut parler. Supposons que la principale qualité de l'espèce humaine réside dans sa capacité d'interprétation de la
et auquel cas, souhaitons que l'utilisateur d'une référence ne soit pas un vilain rapporteur mais un interprète doué d'imagination. Un traducteur traduisant avec ses os, sa chair, sa perception du monde qui l'a vu naître.
Acceptons que la
nous demeure inconnue. D'ailleurs, qui oserait affirmer à notre époque que les choses coulent de source? Un idéaliste? Mais à quoi peuvent prétendre un optimiste béat et un cynique corrompu?
Un artiste? Mais l'art dépossédé de l'Idea aurait touché le fond de la lagune... Décapité, de la tête dans les nuages à la cîme hérissée des barricades, l'art ne serait plus qu'un acteur de son temps. Dans le miroir fêlé de la
se mirent les reflets de la désillusion. Un iconoclaste? Mais au nom de quelle avant-garde en
tant il est vrai que l'iconoclasme fait foi d'académisme de nos jours?
"Que sent-on sous ses pieds, Catherine?" (cf éditorial Art Press n° 313)
En acceptant que la
nous demeure mystérieuse, nous invoquerons les sourciers que seule la lettre
distingue des sorciers.
Des grandes personnes inscrites au panthéon de la pensée, nous recueillerons la flamme du poète inconnu. Chargeons notre barque de savoirs mous et
les coudées franches, la prise d'eau enthousiaste pour inventer de monstrueuses histoires de naufragés, de radeau et de méduse.
"Miam, i am !"