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strate 5,
28/06/07







Ce qui nous a tout de suite embarrassé c'est le caractère procédurier de ce type - je veux dire - l'extrème soin apporté à ses dispositifs de travail. Il s'installe à une table et c'est un pupître que nous croyons voir apparaître avec sa craie introduite en force dans l'encrier - déjà imbibée, bientôt pâteuse. Gravés à même le bois, stygmates, déclarations, insultes en tout genre - comme il se doit.



Mais nous sommes en 1981 et donc, nous chaussons des Stan Smith immaculées, languette vert gazon - nous adorons Michel Jonasz - des chaussettes en coton, propres dans le champ du visible, soulignées d'un liseré de couleur. Mais ce type lui, porte aux avants-bras - je dis bien - du poignet jusqu'au coude, une sorte de manchon en tissu noir et mat. D'où sortait ce typographe, ce Bodony caractériel? Cet expert-comptable, ce batteleur Sergent Major et son encrier en peau de chagrin?



Nous sommes en 1981, nous faisons des études de communication. À l'époque, on parle "d'expression visuelle", entendez par là que art et publicité se confondent dans l'euphorie économique. Le banquier investit aussi sûrement dans la pierre d'un mur que dans l'acrylique d'une peinture. Les représentants de la Figuration Libre déclarent très sérieusement qu'ils font une peinture "bête" comme si la négation d'une réflexion intellectuelle rendait leurs images plus spontanées. Les D.A. (directeur artistique) des agences florissantes manient le concept quand Deleuze mécontent mais vieillissant, crie au voleur.



Alors que Charles Saatchi bâtit son empire de futur promoteur de la scène contemporaine anglaise, Jacques Séguéla fait paraître Ne dites pas à ma mère que je suis dans la publicité, elle me croit pianiste dans un bordel. La théorie du conseiller de Mitterand transformait le vieux monde de Marcel Pagnol en Las Vegas schyzophrène.



Exit l'anecdote de ma grand-mère : "Madame vos culottes vous tombent!" lançait la vendeuse d'élastique aux marseillaises soudainement prises d'un torticolis.



Fini la vente à la criée, le sou gagné a cappella, désormais le produit star répandait du rêve à satiété comme un avion s'épanche de ses pesticides sur un champs de cultures.



Nous savons aujourd'hui que l'apparition d'un nouveau monde ne signifie pas l'éradication d'un ancien à son profit mais plutôt l'avènement d'un paradoxe. Pas plus d'ailleurs, qu'une image ne succède à une autre si le spectateur ne prends pas la peine de combler l'espace qui les sépare.



Aussi au nom de l'art, le hasard continuait de prendre ses quartiers à l'École des Beaux-Arts, tandis que les étudiants des écoles d'arts appliqués, s'appliquaient studieusement à leurs tâches. Certains professeurs avaient conservé un héritage des méthodes pédagogiques de l'ère Victorienne. Par exemple, durant un trimestre, on nous demanda d'éxécuter un dessin à l'encre en version pointilliste représentant un outil, une pince précisemment et ceci au format demi-raisin.



Le Rotring 0,2 greffé à la main, nous picorâmes en poules gavées une bonne centaine de milliers de points. Le poignet ajusté au mouvement d'une machine à coudre, saluant sur sa route sueur et labeur, Seurat et Duchamp.



C'est alors que nous nous prîmes d'affection pour ce type, celui par lequel commence ce texte : l'homme aux manchons du XIXe siècle. Après tout la mélancolie du noir et blanc valait bien la lessive d'un bonimenteur de l'onirisme et les tâches de gras les plus tenaces... Un an plus tard, un film de Wim Wenders, L'état des choses obtenait le Lion d'Or à Venise. Je me souviens encore de cette réplique : "La vie est en couleur mais le noir et blanc est plus réaliste."



Le jeune homme aux manchons se prénommait Fabien.